Trainshare: du drame à la leçon
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Au cours du week-end, le débat sur l’Open Data dans les transports publics suisses s’est bien animé et a suscité pas mal d’émotions: la SonntagsZeitung a relaté la situation des développeurs de l’application de voyage sociale Trainshare, dont l’idée se retrouve entre-temps aussi dans une application annoncée par les CFF; un tollé a parcouru la communauté Twitter et les blogueurs, soupçons et reproches fusant de toutes parts. Un va-et-vient effréné, de «voilà ce qui arrive quand on pompe les données des autres!» à «un monopole paresseux vole des idées!» – le dimanche pluvieux y a sans doute contribué.
L’article de la SonntagsZeitung lui-même n’éclaire guère sur ce qui s’est passé exactement; la chronologie du développeur de l’application, Philipp Küng, en revanche, ne lésine pas sur les détails. Son engagement le montre clairement: ce ne sont pas des «pirates de données» ou des chicaneurs qui sont à l’œuvre ici, ni des concurrents froidement calculateurs – mais au fond des passionnés, des gens qui ont à cœur notre fascinant système de transport. Un conflit n’est tout simplement pas nécessaire.
Même si les événements ne peuvent plus guère être reconstitués intégralement, on peut constater des malentendus, des attentes et des barrières conceptuelles qu’il faudra aborder consciemment lors de futurs projets d’innovation. Une chose est sûre:
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- L’innovation naît très souvent à petite échelle, dans les niches – la communauté Twitter a certainement raison dans son intuition. Mais peu importe qui a repris quoi de qui, et si tant est que ce soit le cas: l’innovation ne se produit jamais en vase clos, chaque idée s’appuie sur d’innombrables autres. Il faut toujours en tenir compte. Et s’en réjouir.
- En contrepartie, on voit aussi clairement quelle importance ont réellement les données ouvertes dans les transports, ainsi que des initiatives comme make.opendata.ch ou transport.opendata.ch: elles ouvrent un potentiel d’innovation et de discussion productive qu’il serait sans doute négligent de ne pas exploiter. Les transports publics nous appartiennent à tous, dans nos cœurs comme sur le papier. Et ils ne sont pas seulement un défi à relever avec davantage d’acier et de béton, mais aussi un défi de connexions intelligentes, de technologies de l’information innovantes.
- Pour que ce potentiel puisse être exploité, il faut un changement de mentalité, comme celui déjà plus avancé dans d’autres pays. Des applications révolutionnaires comme Embark ne naissent pas en Suisse, et ce n’est pas faute de têtes bien faites. Mais notamment en raison de barrières organisationnelles et politiques qui font de l’«innovation ouverte», «best practice» ailleurs, une douce utopie ici.
- Le mot magique est donc ouverture: ouverture de l’infrastructure de données et ouverture des canaux de dialogue. Une stratégie Open Data claire, au niveau de la communauté tarifaire ou même simplement au niveau local. Un «code de conduite» clair, qui fixe ce que l’on peut attendre les uns des autres. Une disposition au dialogue de tous les côtés, avec des interlocuteurs clairement désignés. Une volonté politique et une volonté entrepreneuriale. Et la prise de conscience que la Suisse, avec sa glorieuse tradition d’ingénierie dans les transports, possède un potentiel fascinant – tout cela doit être construit à partir de maintenant, entretenu et cultivé, avec détermination et doigté.
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En ce sens, l’incident offre avant tout une chose: non pas un drame, mais une leçon. Il montre à tous les acteurs concernés, ainsi qu’à leur entourage plus large, quelle dynamique recèle la question de l’Open Data, et à quel point il s’agit ici clairement des fondements de l’innovation.
Ce n’est pas une grande pièce, mais une pièce très vivante jusqu’ici; il y a peu de héros, et à la fin tout le monde est dans le même bateau. Au prochain acte, il y aura des discussions: @trainshare et @SBBConnect se rencontrent, le comité d’Opendata.ch se réunit, et les cadres des CFF sauront désormais eux aussi qu’une pièce à forte dynamique se joue ici. Une pièce dont certains rôles restent à distribuer. Dont il faut tirer des leçons. Et une pièce, espérons-le, avec une fin heureuse.
Nous restons attentifs.
Transparence: l’article de la SonntagsZeitung a été rédigé par Barnaby Skinner, membre du comité d’Opendata.ch. Oleg Lavrovsky, membre désigné du comité, travaille pour l’entreprise de développement d’applications mandatée par les CFF. L’auteur de cet article est également membre du comité d’Opendata.ch et a participé à transport.opendata.ch et à la célèbre application Gottago. Il n’y a eu aucune coordination entre l’article de journal, l’agitation sur Twitter, les activités entrepreneuriales et ce billet de blog.

